Archives pour la catégorie Roman

Tous nos conseils de lecture en Roman de la Rentrée Littéraire mais aussi des coups de coeur tout au long de l’année. Romans indépendants, ayant eu un prix littéraire ou tout simplement nous ayant conquis !

Une Toile large comme le monde, Aude Seigne aux éditions Zoé

Internet leur a permis de monter un projet fou (et assez ironique) : couper internet.

L’idée pourrait faire doucement rire mais ne sort pas de nulle part. Nombreux sont les appels à un monde meilleur en littérature et dans les différentes sphères culturelles ces temps-ci – le succès de Demain en est un exemple parfait à lui seul. Cette urgence de ralentir concerne aussi l’internet et c’est ce que l’auteur Aude Seigne tente de nous montrer dans son passionnant roman Une Toile large comme le monde.

Publié chez Zoé, l’ouvrage part des nombreux câbles souterrains et sous-marins reliant les différents continents et permettant l’existence d’Internet pour nous emmener à plusieurs groupes de personnages. Ceux-ci sont hyper-connectés, plus ou moins concernés par la toile ou n’y connaissent rien mais ont une vie influencée par ce moyen de communication dont absolument tout dépend aujourd’hui. Ils vont cependant tous avoir une raison plus ou moins justifiée de vouloir éteindre internet. La raison la plus mise en avant ici est notamment l’impact environnemental terrible que génère internet entre les kilomètres de câbles déroulés dans les fonds marins, l’extraction des matières premières permettant son développement ou même la quantité d’eau utilisée pour refroidir les différents serveurs du monde entier.

Un roman qui fait réfléchir aux conséquences d’un monde où le réseau tomberait mais aussi à comment celui-ci impacte nos vies de tous les jours et impactera celles des futures générations. Un roman qui nous fait réaliser par ces personnages qu’il est impossible de dire qu’un tel réseau ne nous concerne pas tant il fait partie de nos vies sans même que nous y pensions parfois. Un roman, enfin, qui nous montre la beauté d’un tel réseau tout en exposant ses côtés les plus bas.

Une très bonne découverte et un très bon moment de lecture !

  • Une Toile large comme le monde, Aude Seigne, Éditions Zoé, 18€
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Ör de Audur Ava Olafsdóttir, éditions Zulma

La romancière islandaise Audur Ava Olafsdóttir revient avec un magnifique cinquième roman traduit et publié aux si belles éditions Zulma. Son titre Ör signifie « cicatrices » et selon son auteur, « ce mot n’est ni féminin, ni masculin mais d’un troisième genre qu’on appelle neutre. Ör est identique au singulier et au pluriel. Le terme s’applique au corps humain, mais aussi à un pays, ou un paysage, malmené par la construction d’un barrage ou par une guerre. Nous sommes tous porteurs d’une cicatrice à la naissance et au fil des années s’y ajoutent d’autres cicatrices ». Le héros de Ör s’appelle Jónas , la vie lui a laissé nombre de blessures.  Elles lui font perdre l’équilibre et l’envie de continuer à vivre. Il décide de partir, loin de sa mère, de son ex-femme, de sa fille, avec pour uniques bagages sa caisse à outils et sa perceuse. C’est dans un pays meurtri par la guerre qu’il posera sa vie. Comme dans chacun de ses romans Audur Ava Olafsdóttir sait faire d’une situation désespérée une histoire lumineuse, délicate et profondément humaine. On  referme Ör avec le courage et l’irrésistible volonté de panser les blessures de chacun, de reconstruire un monde en miettes et de faire la paix. Ce roman est un bouleversement, un enchantement, un miracle. Le plus prestigieux prix littéraire d’Islande lui a été décerné. Audur Ava Olafsdóttir a ce talent de semer un peu de magie islandaise dans ses romans avec une simplicité et une délicatesse exceptionnelles.

  • Ör, Audur Ava Olafsdóttir, Éditions Zulma, 19.00€
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La fonte des glaces de Joël Baqué, éditions P.O.L

La fonte des glaces ou comment le manchot empereur fait irruption dans la vie d’un vieux veuf un peu taciturne. Quand il se prend par hasard d’affection pour l’animal, Louis ne soupçonne pas que ce sera le début d’une aventure improbable qui le mènera aux pieds des icebergs, endossant le rôle d’un activiste de la cause écologique. Si ce roman séduit par son côté décalé, son humour et ses situations cocasses, il révèle aussi des aspects plus profonds et sérieux qui donneront à la lecture une émotion toute particulière. Un conseil: emmitouflez-vous bien et laissez-vous embarquer aux côtés de Louis et de sa « Dream Team » de manchots. Bon voyage !

  • La fonte des glaces, Joël Baquet, Éditions P.O.L, 17.00€
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Jeu Blanc de Richard Wagamese, éditions Zoé

Après le sublime Les étoiles s’éteignent à l’aube, les éditions Zoé nous offrent un nouveau roman bouleversant de Richard Wagamese. Dans Jeu blanc, on retrouve cet attachement à la culture indienne Ojibwé intrinsèquement fondée sur la symbiose avec la nature et la richesse des croyances spirituelles. Malheureusement dans les années 60 au Canada, il est presque impossible de perpétrer cet art de vivre et cette identité si précieuse. C’est ainsi que Richard Wagamese nous raconte la vie de Saul (le sienne peut-être aussi), jeune indien séparé de sa famille et placé dans une institution où « les blancs » s’emploieront à le dépouiller de la plus infime trace de sa culture. Saul subira le racisme et l’exclusion mais ses aptitudes au hockey sur glace, sa volonté et le soutien de certains, lui ouvriront des possibles inespérés. Sa crosse de hockey et son talent suffiront-ils à faire tomber les discriminations terriblement ancrées et lui donneront-ils le courage suffisant de toujours tenir debout, fier de son identité? Le portrait et la vie de Saul sont bouleversants et posent avec courage et émotion la question de l’intégration des minorités et du racisme. Jeu blanc est un roman lumineux et nécessaire. Richard Wagamese est malheureusement décédé trop tôt (au printemps 2017) et le plus bel hommage que l’on puisse lui rendre est de se plonger dans la lecture de ses romans d’une humanité et d’une humilité rares.

  • Jeu blanc, Richard Wagamese , Éditions Zoé, 20.90€
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Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pouchet, Editions Finitude

Une magnifique planche de sciences naturelles dessinée par Adolphe Millot en guise de couverture, un étonnant premier roman pour Victor Pouchet, jeune agrégé de lettres enseignant en classes préparatoires, une maison d’édition audacieuse, Finitude, qui sait dénicher des écrivains de talent, croire en eux et les emmener très loin. Après le succès incontesté d’Olivier Bourdeaut et de son aujourd’hui célèbre En attendant Bojangles, les éditions Finitude font le brillant pari de Pourquoi les oiseaux meurent et c’est encore réussi !

Avec certainement un brin d’auto-fiction, Victor Pouchet nous emmène dans les pas d’un jeune universitaire un peu perdu dans les méandres de sa thèse et dans sa vie d’adulte débutant. Ce n’est pas de son sujet d’étude dont il va être question ici mais d’un fait divers mystérieux dont tout le monde se fiche royalement : il pleut des oiseaux morts en Normandie, à Bonsecours, petite ville où le narrateur a grandi et où vit son père dont il a peu de nouvelles. Il a alors une seule idée en tête, celle de mener l’enquête sur ce mystère ornithologique. Il décide de remonter la seine de Paris à Honfleur en embarquant à bord d’un bateau de croisière sur lequel il rencontre plus de retraités que d’étudiants… C’est le début d’un voyage marginal et initiatique, intriguant et inquiétant, loufoque et poétique avec des questions qui restent sans réponses et des réponses qui n’avaient pas de question. Le résultat, porté par une écriture élégante et pleine d’humour, est simplement jubilatoire.

Victor Pouchet-auteur ou Victor Pouchet-narrateur, les deux sont séduisants, drôles, brillants et attachants et très certainement incollables sur les oiseaux ! Pourquoi les oiseaux meurent ou comment une belle plume (sans jeu de mot facile) vous ouvre les bras d’un avenir littéraire prometteur. Bravo Monsieur Pouchet !

  • Pourquoi les oiseaux meurent, Victor Pouchet, Éditions Finitude, 16.50€
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Ma reine de Jean-Baptiste ANDREA, éditions L’Iconoclaste

Au mois de mai dernier, la maison d’édition l’Iconoclaste présente sa rentrée littéraire aux libraires. Une rentrée puissante et touchante avec les plumes connues et reconnues de Valentine Goby, Timothée de Fombelle et Christian Bobin, rien que ça.

Et puis il y a ce nom, celui de Jean-Baptiste Andrea, réalisateur et scénariste pour le cinéma. Il y a son premier roman Ma Reine. Jean-Baptiste Andrea est présent ce jour là, il lit un extrait de son livre et la magie opère. Vous sentez qu’il se passe quelque chose, déjà vous êtes touché. Vous attendez le moment où vous pourrez plonger dans cette lecture. La réunion de présentation se poursuit, les échanges sont simples, chaleureux et prometteurs.

L’heure des aurevoirs arrive et l’éditeur attentionné vous offre un petit sac en kraft sur lequel on peut lire « J’ai des livres à l’intérieur ». Vous regardez rapidement dans votre précieux sac, les quatre livres sont là et vous comprenez que vous allez pouvoir lire Ma Reine en avant première. (Neverland de Timothée de Fombelle est là aussi mais ça c’est une autre histoire, à suivre elle aussi…).

Le soir même vous commencez Ma Reine, le soir même vous l’avez dévoré. Le lendemain il vous parle, vous émeut et vous bouleverse encore. Ce sentiment vous poursuit le surlendemain, la semaine suivante,  les personnages ne vous quittent plus. Vous savez alors que ce livre vous l’aimez, que vous allez le porter, le faire découvrir, le faire aimer.

Ma Reine c’est une histoire d’enfants loin du monde des adultes. C’est l’histoire d’un garçon un peu différent et d’une fille un peu mystérieuse. Elle sera sa reine, il goûtera à tous les bonheurs aussi intenses ou infimes soient-ils. Ma Reine c’est une insouciante quête d’absolu. C’est, comme le dit son éditeur, une ode à la liberté, à l’imaginaire, à la différence. Jean-Baptiste Andrea signe un conte initiatique tendre et fulgurant.

Ce premier roman semble promis à un destin que son auteur n’avait peut-être pas osé imaginer. Ma Reine se retrouve notamment en lice pour le Grand Prix du Roman de l’Académie Française, le Prix Femina, le Prix Jean Giono, le Grand prix des lectrices de ELLE, et d’autres encore.

Jean Baptiste Andrea sera à la librairie le samedi 14 octobre de 10h30 à 13h30 et parlera de son roman mieux que quiconque. Incontournable.

  • Ma reine, Jean-Baptiste Andrea, Éditions L’Iconoclaste, 17.00€
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L’amour est une maladie ordinaire de François Szabowski aux éditions Le Tripode


Roman délirant et à l’humour grinçant (qui peut rappeler par quelques aspects celui de Pierre Raufast), L’amour est une maladie ordinaire est une découverte très appréciée par l’ensemble de vos libraires de caractère !

François vit une histoire d’amour passionnée avec sa chère et tendre. Seulement voilà, il est persuadée que cette relation est à son apogée et donc qu’elle est vouée à décliner. Pour sauvegarder cet amour, il va donc… tenter de se suicider afin de le rendre éternel ! Cette tentative s’avérera infructueuse mais notre protagoniste fou n’abandonnera pas tout à fait son projet puisqu’à défaut de mourir, il fera alors croire à sa mort… Cet événement rocambolesque est  le point de départ d’une aventure absurde, cruelle et délirante très bien servie par ce personnage principal à la fois effrayant et touchant.

« En France, je trouve que l’humour n’est pas très pris au sérieux […] Je pense que c’est se mentir que de penser que le monde tourne autour d’autre chose que l’amour.  » François Szabowski

François Szabowski sera présent à la librairie le samedi 25 novembre 2017 ! N’hésitez pas à faire venir dédicacer votre exemplaire de L’amour est une maladie ordinaire et à rencontrer son auteur.

  • L’amour est une maladie ordinaire, François Szabowski, Éditions Le Tripode, 17€
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Point Cardinal de Léonor De Récondo : Un homme e(s)t une femme

Sur le parking d’un supermarché de province Mathilda monte dans sa voiture. Commence alors un étrange effeuillage : elle se démaquille – en utilisant une quantité non négligeable de coton – puis vient le moment d’enlever ses faux-cils, sa perruque, sa robe de soie ; ses bas glissent sur ses chevilles… À présent nue, Mathilda re/devient Laurent.

Depuis toujours, Laurent sait que ce qu’il ressent au plus profond de lui n’est pas en adéquation avec ce corps de garçon puis, les années passant, avec ce corps d’homme. Pourtant, si se travestir lui offre quelques heures de liberté, il comprend assez vite que la part de féminin en lui ne cesse d’enfler, ne demande qu’à sortir. Il n’en a jamais parlé, encore moins à sa femme Solange et ses deux enfants mais, un beau jour, Laurent n’aura d’autres choix que de faire face à sa propre vérité.

« Mais il y a autre chose que je veux que vous sachiez. Une chose dont je n’ai jamais douté. Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père. » (p.103)

S’affranchir des règles, des « qu’en dira-t-on » et s’accepter tel que l’on est voilà ce que nous propose Léonor des Récondo dans ce roman. En jouant habilement avec cette notion de point cardinal, l’auteure amène cette question sous-jacente : Comment savoir où on va quand on ne sait pas qui on est vraiment, quand on n’est pas en phase avec soi-même ? Un roman émouvant qui évoque, avec finesse et sensibilité, le mystère de l’identité et la tolérance face au thème qu’est le transgenre.

  • Point Cardinal, Léonor de Récondo, Éditions Sabine Wespieser, 20.00€
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Dans le désert de Julien Blanc-Gras aux éditions Diable Vauvert

Après être allé aux  îles Kiribati dans Paradis (avant Liquidation), fait un détour en Paternité avec In Utero et plus récemment rencontré les inuits dans Briser la Glace, Julien Blanc-Gras nous emmène cette fois-ci au Moyen-Orient avec son dernier livre nommé sobrement Dans le désert.

Comme toujours, Julien Blanc-Gras voyage avec pour objectif de rencontrer les gens, de redonner foi en l’humanité et de mettre en avant les vertus du voyage.

« Désormais, je me déplace moins pour m’emplir d’expériences que pour entretenir un espoir : ce qui rapproche les hommes est plus fort que ce qui les sépare. »

Dans ce livre, l’auteur nous propose de découvrir le Qatar, Dubaï, les Emirats Arabes Unis. Des pays dont nous n’avons finalement qu’une vision très partielle. Julien Blanc-Gras nous montre dans cet ouvrage la diversité de la culture arabe et ses différents niveaux d’hospitalité toujours avec l’humour et l’humanité qui le caractérisent.

  • Dans le désert, Julien Blanc-Gras, Éditions Au Diable Vauvert, 15€
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Made in China de Jean-Philippe Toussaint aux Editions de Minuit

Jean-Philippe Toussaint est Belge, écrivain, cinéaste et a fait de nombreux voyages en Chine. A l’origine de ceux-ci, il y a Chen Tong son éditeur chinois… et homme à tout faire !

Chen Tong collectionne en effet les différentes casquettes : éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-arts. Il aidera Jean-Philippe Toussaint durant toutes les années 2000 à trouver décors, acteurs et autres excentricités du réalisateur pour ses films relevant du cinéma expérimental. L’auteur/réalisateur se concentre ici plus sur la réalisation de son film The Honey Dress réalisé en 2014 mais fait de nombreux retours dans le temps pour nous présenter personnages, lieux et situations atypiques propres à ce milieu. Ce livre est également l’occasion pour l’auteur de réfléchir à l’irruption du hasard dans la création artistique et de s’appuyer notamment sur ses propres expériences dans le domaine.

Made in China est un livre tout à fait étonnant comme on en trouve beaucoup aux éditions de Minuit. Un livre hybride entre essai, journal et roman qui est de plus l’occasion d’un étrange voyage en Chine et dans le monde de l’art contemporain.

  • Made in China, Jean-Philippe Toussaint, Les Editions de Minuit, 15€
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